L’ESS face à la difficile fidélisation de salariés et bénévoles

Recruter n’est pas une chose aisée. Selon Pôle Emploi, 61%* des recrutements prévus en 2023 seront difficiles à réaliser. Le secteur de l'Économie Sociale et Solidaire (ESS), n’échappe pas à cette situation. Sébastien Legoff, Directeur général de l’association Les Tout-Petits et François Richez, Président de la Protection Civile, constatent une difficulté à fidéliser les salariés comme les bénévoles. Témoignages.

Compliqué de recruter

Avez-vous rencontré des difficultés de recrutement dans vos structures respectives ?

Sébastien Legoff : Nous constatons une véritable crise sociale des métiers particulièrement prononcée dans les milieux médico-sociaux. Il est très compliqué de recruter et de fidéliser des salariés, alors que les résidents ont besoin de continuité dans leur prise en charge.
François Richez : Nous ne percevons pas de difficultés particulières à recruter des bénévoles mais nous rencontrons une vraie difficulté à les fidéliser. Notre engagement bénévole repose sur un temps de formation assez conséquent. Or, si les bénévoles partent juste après, l’investissement humain de formation n’est pas rentabilisé. Nous observons donc aujourd’hui un turn over important.

 

Comment expliquez-vous ce phénomène ?

S. L : Nous avons une ubérisation du travail avec du personnel qui vient, observe et part si les conditions ne lui conviennent pas. Depuis la pandémie, les jeunes cherchent une qualité de vie différente. Or, ce sont des métiers peu flexibles sur les horaires ou le télétravail.
Je pense également que la compétence se paie. On observe des professionnels quitter le salariat pour devenir auto-entrepreneur car ils gagnent 2,5 fois plus.
F. R : Nous remarquons que les bénévoles viennent, testent puis partent tester autre chose. Il y a une véritable consommation du bénévolat avec un nomadisme fort. Nous observons aussi un engagement moins prégnant dans l’aide à la personne…
 

Une véritable consommation du bénévolat avec un nomadisme fort
François Richez Président de la Protection Civile

Changer les habitudes

Que faites-vous pour endiguer cette situation ?

S. L : Nous devons réorienter nos politiques de management afin d’accompagner nos salariés dans le développement de leurs compétences en leur proposant un parcours d’évolution au sein de la structure.
F. R : Nous avons plusieurs pistes en interne. Nous devons proposer à nos bénévoles un « plan de carrière » en leur donnant de la visibilité à moyen terme sur ce que pourrait être leur évolution au sein de l’association. Il y a aussi un enjeu de valorisation de l’engagement par l’État.

 

Vous parlez de mieux valoriser l’engagement. De quelle manière ?

S. L : Il y a un enjeu autour de la valorisation des métiers et la manière dont on en parle. Par exemple, on ne fait pas de campagne de publicité pour les métiers médico-sociaux. Il y a un discours très politique autour de la désinstitutionalisation qui peut être entendue comme une dévalorisation de ces métiers.
F. R : Nous avons poussé un projet de loi auprès d’un parlementaire pour mieux valoriser l’engagement avec une meilleure reconnaissance des acquis des bénévoles vis-à-vis de leur employeur ou encore la possibilité d’utiliser leur CPF dans le cadre de leurs missions. Nous souhaitons une reconnaissance étatique de ce bénévolat engageant, à l’image de celle des sapeurs-pompiers volontaires.
 

Nous devons réorienter nos politiques de management
Sébastien Legoff Directeur général de l’association "Les Tout-Petits"
Découvrir les deux entités plus en détails

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            Sébastien Legoff, Directeur général de l’association Les Tout-Petits, et François Richez, Président de la Protection Civile

 

La Protection Civile et ses 32 000 bénévoles assurent les premiers secours lors d’événements, forment les citoyens et réalisent des maraudes sociales. Parmi les événements à venir : les Jeux de Paris 2024 ! Et si vous participiez ?

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Le cœur de métier de l’association Les Tout-Petits s’ancre sur le polyhandicap, les maladies rares et l’épilepsie sévère. Ses 700 salariés et bénévoles accueillent plus de 430 résidents (enfants, adolescents, adultes).

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