Le jour où j’ai pris en charge un service COVID-19

Depuis l’accélération de l’épidémie COVID-19 en France, les hôpitaux des régions les plus touchées (Grand Est et Ile-de-France) ont transformé certains de leurs services devenus non prioritaires, en unités de prise en charge des patients atteints du virus. Médecin infectiologue, Christelle, 52 ans, a pris la responsabilité de l’une d’elles. Engagée et mobilisée, elle nous raconte son quotidien à l’hôpital Bicêtre de l’AP-HP sur le front du coronavirus.

Le jour où j’ai pris en charge un service COVID-19

« Interniste, j’ai commencé à exercer dans un service d’infectiologie VIH, puis de médecine interne, avant de travailler en médecine pénitentiaire. En 2013, je suis retournée à l’hôpital, à Bicêtre AP-HP. Je travaille dans un service de médecine interne qui prend en charge les patients atteints de drépanocytose, une maladie génétique de l’hémoglobine grave et mortelle, notamment dans les pays en voie de développement.
Face à la crise sanitaire actuelle, j’ai été sollicitée le 10 mars en vue de travailler dans une unité COVID-19, créée en l’espace de 24 h dans le service d’orthopédie de l’hôpital.

«  Une équipe pluridisciplinaire en symbiose pour soigner nos patients. »

L’équipe paramédicale d’orthopédie s’est tout de suite mobilisée pour accueillir les patients atteints par le virus. Des médecins de spécialités différentes : gynécologues, rhumatologues, internistes, endocrinologues, ophtalmologues, ORL, pédiatres… se sont mis à travailler ensemble. Nous avons tous appris, presque instantanément, à nous accorder pour mieux prendre en charge les patients COVID +. Nous sommes parvenus à former une équipe unie en une seule journée, alors qu’habituellement, il faut au moins six mois pour nous harmoniser. L’unité s’est créée de manière symbiotique. Un véritable exploit !
Dans notre unité, nous soignons des patients modérément sévères, qui ne peuvent pas aller en services de réanimation. Leur prise en charge nécessite une oxygénation de thérapie, nécessitant entre 3 et 12 litres d’oxygène et demande la plus grande attention. Nous sommes donc à pied d’oeuvre toute la journée, de 8 h à 20 h, sept jours sur sept, 24 h sur 24, avec une garde la nuit assurée par deux médecins pour les patients COVID + qui s’occupent des entrants la nuit et assurent le suivi des patients COVID+ de tout l’hôpital Bicêtre en cas de problème.
Depuis la semaine dernière, nous avons obtenu l’autorisation d’inclure ces malades dans des essais cliniques, portant sur plusieurs molécules différentes, en vue de déterminer quel sera le traitement contre le COVID-19.

«  Il y aura un avant et un après Covid-19. »

Tout le monde pense à nous. Le soutien que nous rencontrons de l’extérieur nous réconforte et nous aide à tenir. Tous les jours, nous sommes nourris et choyés, en recevant des fruits et des légumes de Rungis, des chocolats des plus grands artisans parisiens, des sandwichs et des viennoiseries de nombreuses boulangeries. Nous ne rentrerons jamais dans nos bikinis cet été ! Nous attendons avec impatience les beaux jours sans COVID-19 pour retrouver notre vie personnelle et professionnelle d’auparavant. Il y aura un avant et un après COVID-19. Notre vie à tous en sera bouleversée. 

24 h de la vie d’un médecin covid-19

Le matin, les médecins assurent la transmission de la prise en charge des patients avec les praticiens de garde de nuit. Ils commencent la visite des malades en binôme paramédical (infirmiers, aide-soignants) et médical. Chaque équipe est différente, composée de soignants qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble. Après la visite, nous déterminons quelles personnes peuvent rentrer à domicile ou être transférées dans une unité de patients moins sévères ou en réanimation ou encore en Lits Identifiés de Soins Palliatifs (LISP). A 14 h 30, un staff de toute l’unité est organisé pour décider ceux qui pourront être inclus dans la recherche clinique de nouveaux traitements. Les praticiens se rendent alors au chevet de leurs patients pour leur expliquer le protocole et leur demander leur consentement pour participer à ces essais cliniques. L’après-midi est ensuite consacrée à la contre-visite, surtout des patients les plus sévères et la confirmation des sorties (retour à domicile, transfert vers d’autres services, vers la réanimation et dans les cliniques privées). A 18 h, une transmission est assurée pour les médecins de garde, en passant en revue l’état de tous les patients du service et les nouveaux entrants mais l’équipe de jour quitte rarement l’hôpital avant 20 h voire 21 h.

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