Apprendre à apprendre : ça ne s’invente pas !

Permettre aux professeurs d’enseigner plus efficacement et aux élèves d’ancrer plus solidement leurs acquis, c’est la promesse des sciences cognitives… A condition d’être correctement mises en œuvre.

AI (Artificial Intelligence) concept. Deep learning. Mindfulness.

Que se passe-t-il dans notre cerveau lorsqu’on lit, calcule, apprend ou joue ? Faute de pouvoir ouvrir notre crâne et y observer la matière grise à l’œuvre, ces questions sont longtemps restées sans réponse. Et puis l’imagerie cérébrale est arrivée. Non invasive, c’est-à-dire ne nécessitant pas d’intervention chirurgicale, elle a permis d’observer notre encéphale de son vivant et en action. Une avancée sans précédent pour les sciences cognitives, qui cherchent à comprendre le fonctionnement du cerveau humain.

Le cerveau en action

Si celles-ci sont loin d’avoir révélé tous leurs secrets, elles ont permis de lever - en partie - le voile sur les mécanismes de l’apprentissage. Stanislas Dehaene, neuroscientifique, professeur au collège de France et président du Conseil scientifique de l’Éducation nationale, a ainsi mis en évidence quatre piliers : l’attention, l’engagement actif, l’erreur et la consolidation. « Sans ces fondamentaux, pas d’apprentissage », explique-t-il, dans son livre « Apprendre ! Les talents du cerveau, le défi des machines » (Odile Jacob, 2018) destiné aux enseignants. Ses conseils ? Créer des supports variés et attrayants afin de capter l’attention des élèves et la conserver. Les impliquer en les faisant participer à la construction des cours. Ou encore faire des critiques bienveillantes et encourageantes afin de leur permettre d’affiner les modèles élaborés par leur cerveau et les consolider.

Les sciences cognitives en pratique

Voilà pour la théorie. Mais dans la pratique, comment traduit-on cela en classe ? « Ce n’est pas simple », concède Séverine Merlin-Conchin, professeure des écoles dans la région de Bordeaux, qui a formé pendant six ans des enseignants sur le sujet. Un exemple ? « Des chercheurs recommandent de fractionner certaines tâches en micro-tâches, afin de ne pas perdre les élèves. Lorsqu’ils doivent écrire un texte, l’enseignant peut ainsi leur demander de procéder par étapes, en choisissant d’abord un personnage, puis le lieu de l’action, etc. Mais les enfants les plus rapides risquent de trouver cette façon de faire perturbante. Au final cela peut s’avérer contre-productif » , souligne-t-elle. Autre difficulté, avec cette idée selon laquelle il faudrait alléger les documents de travail, en évitant notamment les illustrations non essentielles, pour ne pas déconcentrer les élèves. « Une photo peut tout autant apporter de l’information aux élèves que les distraire. Comment trancher ? Les chercheurs sont en train d’étudier très précisément cette question » , dit-elle. En attendant, mieux vaut rester humble et mettre en place des stratégies éprouvées, comme l’utilisation de quiz à différents moments de la journée afin d’inciter les écoliers à réactiver leurs apprentissages et ainsi les consolider. Quant aux parents, ils sont invités à veiller à la bonne qualité de sommeil de leur progéniture. « On n’a pas encore trouvé mieux pour favoriser la mémorisation ! ».

Combler les disparités entre les élèves grâce aux sciences cognitives

Comment transposer les découvertes scientifiques dans la réalité des classes ? Cette question est au cœur du Prix Chercheurs en Actes, lancé en 2020. Initié par Séverine Merlin-Conchin, le projet Lab’Blaye fait partie des lauréats de cette première édition, dans la catégorie « Égalité des chances ». Et pour cause : constitué d’un collectif d’enseignants de la région rurale de Blaye, près de Bordeaux, il a permis de former ces professeurs aux sciences cognitives, de questionner leur mise en pratique en classe, et de mieux accompagner les élèves issus des milieux défavorisés. Avec des résultats plus qu’enthousiasmants.

Prix Chercheurs en Actes

Prix chercheurs en actes

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