Dérèglement climatique : les forêts en danger ?

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Sécheresse, canicule, insectes ravageurs, incendies… le dérèglement climatique touche de plus en plus les forêts françaises. Pour y faire face, l’Office national des forêts (ONF) mise sur le reboisement, avec de nouvelles essences plus résistantes, dans le but de rendre les forêts plus résilientes. 

Italie, Grèce, Tunisie, Algérie, États-Unis, Sibérie… l’été 2021 a une nouvelle fois été marqué par les incendies. La France n’est pas en reste, avec des feux dans les massifs des Landes, l’Aude et le Var. Et les projections du Giec, qui prévoient des sécheresses et canicules extrêmes dans les années à venir, font craindre le pire pour nos forêts. Le risque n’est pas seulement de voir nos bois brûler. Mais aussi de les voir dépérir, au détriment de la biodiversité tout entière : animaux, insectes, plantes, mousses, etc. Partout en effet, les arbres sont « en mode survie ».
Malmenés par les canicules à répétition et les sécheresses, ils mettent en place des stratégies pour réduire les pertes d’eau. Certaines espèces ferment leurs stomates, ces petits orifices à la surface des feuilles qui servent à l'évapotranspiration. D’autres réduisent la taille de leurs feuilles. D’autres encore se défont carrément de leur feuillage tout entier ou de leurs aiguilles... Le problème ? Ces mécanismes limitent les échanges gazeux nécessaires à la photosynthèse, ce qui ralentit la croissance des arbres, et les rend plus vulnérables aux maladies. L’encre du châtaignier, un mal incurable provoqué par une sorte de champignon, profite ainsi des hivers doux et humides pour se développer et ravager les forêts d’Île-de-France notamment.

Des forêts « en mode survie »

Les insectes ne sont pas en reste. Le scolyte, un minuscule coléoptère brun dont la femelle creuse des galeries sous l’écorce pour y déposer leurs œufs, a ainsi ravagé la quasi-totalité des forêts d'épicéas de la région Grand-Est. Le chêne est quant à lui la proie de la chenille processionnaire, qui se délecte des feuilles, et affaiblit ainsi encore un peu plus les arbres. 

Autre conséquence du dérèglement climatique et particulièrement de la hausse des températures : le ralentissement de la photosynthèse (la quantité de CO2 capturée par les arbres se réduit), qui diminue progressivement les besoins des végétaux en carbone. Ainsi, en 2018, une année marquée par la sécheresse, la quantité de CO2 absorbée en Europe a ainsi diminué de 18 %. Pire, le fonctionnement de certains écosystèmes a été inversé : contraints de respirer plus fort à cause de la hausse des températures, les végétaux se sont mis à rejeter plus de carbone qu’ils n’en absorbaient. Autrement dit, alors que les émissions de CO2 augmentent partout dans le monde, les forêts perdent leur capacité à le contenir.

De cercles vicieux à cercles vertueux

Pourtant, la forêt peut jouer un rôle fondamental face au changement climatique : puits de carbone, lutte contre l’érosion des sols, refuge pour la biodiversité, régulation de la température, production d’un matériau durable… L’enjeu est de taille. Particulièrement en France, où les 17 millions d'hectares de forêts captent en temps normal 70 millions de tonnes de CO2, soit 15 % des émissions de gaz à effet de serre annuelles du pays. Les espaces boisés contribuent par ailleurs à stocker l'eau, à limiter l'érosion des sols et à purifier l'air. Enfin, 400 000 personnes tirent leurs revenus de la filière forêt-bois.

Face à ce constat, l’ONF a développé le concept de « forêt mosaïque ». L’idée ? Anticiper la hausse des températures en plantant dès à présent des essences adaptées au climat de demain. Et diversifier au maximum les essences, les âges, les tailles et les modes de sylviculture, de façon à éviter les « trous », en cas de dépérissement d’une espèce.

Pour identifier les essences les plus à même de s’adapter dans les forêts de demain, les chercheurs ont classé celles-ci en fonction de leur capacité à résister aux évolutions du changement climatique. L’épicéa, le hêtre, le sapin et le frêne font ainsi partie des essences les moins résistantes, et donc à éviter, tandis que le chêne sessile, le tilleul à petites feuilles, le pin laricio ou encore le pin sylvestre font partie des espèces à conserver, de manière ciblée. Plusieurs essences, comme le chêne pubescent, le pin maritime, le cèdre de l’Atlas ou le pin d’Alep, sont enfin appelées à être testées et si les résultats sont concluants, elles seront introduites en nombre.

Mais les températures ne font pas tout : les types de sol, les pluies, les prédateurs, les relations avec les autres essences, jouent aussi. Alors, depuis plusieurs années déjà, l’ONF multiplie les expérimentations. Comme à Priziac, dans le Morbihan, où 2 000 arbres de 38 essences venues du monde entier ont été plantés. Les arbres viennent du Portugal, de Pologne, d’Asie. Certains s’adaptent, d’autres comme le pin ponderosa qui vient de Californie, beaucoup moins. Peu à peu, la forêt de demain se dessine : plus diverse, plus harmonieuse et plus résiliente. 
 

Ces essences nouvelles qui peupleront bientôt nos forêts

Introduire des essences exotiques adaptées aux températures à venir dans les forêts françaises : c’est l’idée de l’ONF qui a établi une liste de plusieurs dizaines d’essences potentiellement appropriées. Portfolio. 

  • Sapin de Céphalonie
  • Cèdre de l’Atlas
  • Eucalyptus du Mont Dalrymple
  • Pin noir d’Autriche
  • Calocèdre d’Amérique
  • Frêne de Mandchourie
  • Cyprès de l’Arizona
  • Séquoia
  • Chêne pubescent 
  • Noisetier de Byzance 
     

“ Toute la difficulté est d’agir dans l’incertitude “

Trois questions à Hervé Caroff, ingénieur forestier pour le Parc national des Cévennes

Quel est l’impact du changement climatique et du réchauffement sur les forêts du Parc national des Cévennes ?
Au-delà de l’affaiblissement des arbres lié à la sécheresse, aux insectes et aux maladies, on observe un phénomène de montée en altitude des essences, qui tentent ainsi de s’adapter à la hausse des températures. Le problème est que les essences qui se trouvent déjà au sommet n’ont plus d’échappatoire. Elles risquent donc à terme de dépérir, au détriment de la biodiversité. 

Face à cela, que faire ? 
La difficulté est d’agir dans l’incertitude, car personne ne peut dire précisément comment les températures à venir impacteront les forêts. Face à cela, nous prônons une gestion de bon sens, basée sur l’utilisation d’essences variées et d’âges différents, de façon à éviter les traumatismes pour la nature mais aussi les populations locales et la filière bois, en cas de dépérissement d’un type d’arbres. Aux essences exotiques, qui nécessitent des expérimentations longues pour un résultat incertain, nous préférons en outre miser sur des essences locales, que nous savons adaptées au terrain. 

Quel est votre pouvoir en tant que parc national ?
C’est essentiellement un travail de persuasion auprès des propriétaires de forêts. Ce n’est pas toujours simple car certains privilégient la production du bois à la préservation de la biodiversité. Mais la plupart comprennent qu’une forêt mono-spécifique représente un risque sur la durée, et qu’il est dans leur intérêt de veiller à sa diversification. Notre rôle est ensuite de les aiguiller dans cette transition.

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